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NOSBAUM & REDING - ART CONTEMPORAIN
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Gaston Damag
Exposition Alimentation Générale 2001
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Gaston Damag. Entretien avec Laurence Bossé

Texte paru à l’occasion de l’exposition Paris pour escale à l’ARC - Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 7 décembre 2000 au 18 février 2001


1. Quand êtes-vous arrivé à Paris ? Pourquoi avoir choisi Paris ?

Je ne suis pas sûr d’avoir choisi Paris ; j’y suis arrivé en 1985 pour rejoindre mon épouse que j’avais recontrée aux Philippines. Cela aurait pu être un autre pays. La plupart des Philippins partent en Amérique du Nord, dans le contexte d’une longue influence néo-colonialiste américaine, à cause de la langue et pour rejoindre leur famille déjà émigrée aux USA.

2. Le fait de résider à Paris ou dans sa banlieu a-t-il influencé votre démarche artistique ? Comment ?

Après avoir vécu en France presque quize ans, la culture française a forcément influencé ma façon de penser ou de réagir. J’ai étudié les Beaux Arts principalament à Paris où j’ai travaillé avec Toni Grand et Joël Kermarrec. Cette école m’a permis d’avoir des échanges avec des artistes de différentes origines. Mais ils ne m’ont pas transormé. Je suis Philippin de l’ethnie Ifugao et je garderai toujours une certaine façon de penser liée à cette culture.

En 1989, ma visite au Natural Science Museum de New York (une exposition sur les sociétés traditionnelles du pacifique) m’a révélé la façon dont les occidentaux voient et considèrent la culture de ces sociétés. J’y ai découvert en effet leur vision de mon village et notamment des objets qui appartenaient à ma culture d’origine. Ceci a provoqué un grand changement dans mon travail. Ces représentations « mises sous vitrines » m’ont fait réagir et m’influencent assurément dans mes recherches artistiques. C’est à partir de ce moment-là que j’ai pris conscience de l’importance des musées et des collections ethnographiques à Paris. On connaît bien maintenant la façon dont ces collections ont été constituées et rassemblées, encouragées par la politique de l’époque…

Les contextualisations ethnographiques ou muséales m’intéressent beaucoup. Pour moi, elles représentent le rapport entre des hommes et des cultures différentes. Il me semble que c’est une préoccupation toujours actuelle puisque Paris va bientôt avoir son Musée des Arts Premiers. Ce musée va-t-il changer le concept de collection ? Va-t-il être un lieu de témoignage d’un certain intérêt politique humanitaire à la mode ?
Paris est certes un musée, une vitrine de toutes les cultures confondues. On y découvre un bouillonnement de cultures qui est un atout pour les artistes.

3. Vous avez exposé à Paris, mais surtout ailleurs en France et à l’étranger. Que vous a apporté cette expérience ? Qu’en concluez-vous ?

J’ai exposé à l’étranger, en Espagne, à Londres, en Italie, aux Pays-Bas, mais surtout aux USA, avec At home and abroad qui a tourné dans plusieurs états, puis à San Francisco au Museum of Asian Art. Ici ou ailleurs, il apparraît que beaucoup d’artistes d’origines non occidentale et a fortiori non chrétiens, sont souvent perçus comme des artistes exotiques, ce qui est réducteur par rapport à leurs références multiples. Pour moi, c’est un challenge permanent que de réfuter ce regard réducteur et cette étiquette post-coloniale.
La musique a déjà réussi à gommer les frontières entre cultures et à travers des créations mixtes loin de tout jugement exotique. Les autres arts y accéderont progressivement, notamment via les arts multimédia comme les installations.

4. Originaire des Philippines, vos oeuvres font souvent appel à des répliques d’idoles africaines. Pourquoi ce choix qui tend à confondre des cultures de continents différents ?

L’expérience personnellle que j’ai vécue à New York m’a permis de mieux comprendre les contextualisations des cultures non occidentales dans des musées ethnologiques. Si j’utilise des copies africaines c’est tout simplement parce qu’elles sont largement disponibles à Paris et bon marché aux Puces. Je pourrais tout aussi bien utiliser des copies d’idoles océaniennes ou de sociétés primitives. Pour moi, l’utilisation des différentes copies est une façon de faire une autre proposition que la « contextualisation muséale et ethographhique ». C’est aussi une façon de voyager d’une culture à l’autre, une forme d’échange de proximité. Il me semble qu’on vit dans un monde avec de moins en moins de frontières. Pour ma part, je porte toujours un regard sur les autres cultures, sur leurs ressemblances et leurs différences, au point que je surfe sur elles sans vraiment savoir si j’appartiens à l’une ou à l’autre : une forme de confusion bénéfique, une forme de nomadisme parmi les cultures.

Pour terminer, je reviens sur mon émotion devant la présentation dans un musée de New York , de ma culture d’origine comme « has been » à travers la photographie d’un homme vivant là-bas (celle de mon oncle me regardant), et de moi-même le regardant à travers une vitrine, sorte de filtre déformant le temps et l’espace où il vivait et d’où je venais. C’est ce rapport violent et déroutant avec le temps et l’espace que j’ai aussi envie de partager avec les gens.


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