|
|
| Frédéric Prat 2001 |
| 24.03.2001-05.05.2001 |
|
 |
Frédéric Prat
Exposition Alimentation Générale 2001 |
|
NI CECI, NI CELA
Au cours d’une discussion, où nous connaissions la difficulté de parler devant ses tableaux, Frédéric Prat lâche inopinément : « Nous sommes en face d’un réel visible… ».
Passé le choc il conclut qu’il existe donc aussi du réel invisible, et que le tableau nous aiderait, serait notre seul soutien pour entrevoir cela.
Les tableaux récents de Prat sont des champs colorés plutôt clairs, traversés d’une barre verticale plutôt sombre et modulée avec quelques restes d’illusion de volume qui, en induisant un développement latéral font la transition d’une surface de couleur à une autre.
Cette barre verticale, Frédéric Prat la compare à un curseur d’imprimante qui, par la durée de son balayage, travaille à la formation d’un visible.
Son travail précédent : longues traces de peinture horizontales, Prat convenait de les nommer « Poireaux ». Ces « Poireaux », en tant que vestige d’un quelque chose, faisaient office d’objet légitime à peindre, sorte d’emblème tardif d’une peinture sans sujet.
La filiation directe du « curseur » et du « poireau » nous saute aux yeux : un poireau horizontal engendre un curseur vertical !
Quant aux pavés de peinture sombre sur papier, ils sont immédiatement reconnaissables comme intérieur d’une pièce vide dans l’obscurité… balayage de peinture visible, Prat fait le ménage par le vide ; nous sommes en face d’une sorte de représentation qui aurait perdu sa fenêtre, qui ferait pavé sans amarre dans le papier.
La somme de ces bizarreries peut laisser perplexe un spectateur qui attendrait d’une peinture qu’elle se destine à une identité artistique et délivre une signification. Mais l’auteur de ces tableaux n’est pas un croyant de l’Art, et son scepticisme l’amène à proposer quelque chose d’à la fois assez simple et rigoureusement indéterminé.
Une peinture qui fuit comme son ombre l’art de peindre ; une peinture dans la transition entre le grand Non de tout ce qu’elle rejette et le grand Oui à l’inconnu de la manifestation de son devant, de son extériorité. La promesse de clarté est dans cette direction qui nous mène à l’ombre la plus courte.
La visibilité du mensonge comme moyen, est une voie d’accès au réel visible. Et l’art serait le mensonge que la peinture doit révéler comme tel.
« …Le monde matériel, continua Dupin, est plein d’analogies exactes avec l’immatériel, et c’est ce qui donne une couleur de vérité à ce dogme de rhétorique, qu’une métaphore où une comparaison peut fortifier un argument aussi bien qu’embellir une description… »
Edgar Allan Poe, « La lettre volée »
Si la meilleure façon de cacher quelque chose est de l’avoir au bout de notre nez, l’exquise évidence, jusqu’à la banalité est le travail de celui qui veut tout montrer, le mensonge avec.
Antoine BENARD-NIORE
15 février 2001
|
|
|