|
|
| Aline Bouvy / John Gillis 2005 |
| 23.04.2005-04.06.2005 |
|
 |
Aline Bouvy / John Gillis
Exposition Alimentation Générale 2005 |
|
Perry-ism
Aline Bouvy and John Gillis are a collaborative duo who have been working together since 2000. For this show they present a series of drawings and paintings, a sculpture, and a film. Normally, one would here go straight on to discuss the products and the content of this collaboration. Here, however, we are forced to pause, because unlike most collaborative practices today, the division of labour within the work does not appear to be rendered seamless. This is clearly not a representation of an ideal marriage – and, I might add that this would not surprise anyone who is personally familiar with the ´couple´! Joking apart, this is to say that the artists do not, or maybe cannot, paint over the inevitable cracks that emerge within such a practice. This body of work seems to be as much of, as it is about collaboration. The work consists of layers of each individual’s contribution that do not, or perhaps cannot, quite cohere into an image that is ´right´. The paintings seem not to be concerned with making ´good´ paintings – whatever they may be, may have been, or will be. Rather, the artists are forced to concede that an ideal reciprocity is precisely that – an ´impossible´ ideal that conceals the inevitably antagonistic power relations, fundamental to any relationality, either personal or social. What these works in their very facture constitute, is a ´real´ index of the process of collaboration, the asymmetry of which animates the works, but at the same time renders them disjunctive.
The works amount to a play of voices and images in another sense. Much of it is concerned with the phenomena of seduction, of affective allure, to the extent of the one being transfixed into a state of hypnosis by the other. Most explanations of hypnotism see it as attesting to the power of the word over consciousness, the power of the signifier to transform the taste of a lemon into the taste of a peach. But, is it not the voice as much as the word that produces the bodily affect: does not the truth of the joke lie as much, if indeed not more, in its telling as in its ´content´? Is it not the attitude, the demeanour, the accumulation of bodily gestures that produces the hypnotic affect? This affords us another way of entering these works, and that is to see them as being concerned with the making of a gesture as an articulation of an attitude, something that is ´written´ across the face of the ´work´, across its ´sur-face´.
The paintings unashamedly advertise their ´superficiality´ in this sense. Their surfaces, in their all-over-ness and in their details, are replete with motifs of fashion and style; maybe it could be argued that they revel in the superficial. But don´t we all have recourse to the image? Aren´t we all split between how we see ourselves and how we imagine someone else sees us. As someone a couple of centuries ago argued: isn´t it only superficial people who don´t judge by appearances? Which is to more or less say that the surface is paradoxically the ´deepest´ space we have.
Maybe there is no ideal viewpoint from which one can see the other. Maybe this makes a real relationship, between a couple, between art and its spectators, the image and the word impossible. But maybe this is not the end of the story. Is it not this very ´impossibility´ that causes us to desire? This does not necessarily culminate in the pathos of the perpetual deferral of satisfaction. Maybe the affirmative attitudes of popular culture, its collective forms of bodily desire, that these works attempt to ´tune into´, testify to the fact that there exists a means of activating this gap between the ´ideal´ and the actual. Maybe art is the work of the active creation of desire, where the ´It´ is not the forever-lost object, but is the positive act of ´going for It´.
Robert Garnett
London, April 2005
Perry-ism
Aline Bouvy et John Gillis sont un duo qui travaille en collaboration depuis 2000. A l’occasion de cette exposition, ils présentent une série de dessins et de peintures, une sculpture et un film. Normalement, on en viendrait directement à examiner les produits et le contenu de cette collaboration. Dans ce cas-ci, nous sommes cependant forcés de marquer une pause, car contrairement à la plupart des collaborations de nos jours, la répartition des tâches au sein du travail n’est pas transmise de manière lisse. En tout état de cause, il ne s’agit pas de la représentation d´un mariage idéal – je pourrais d’ailleurs ajouter que cela ne surprendra personne qui connaît bien le ´couple´ ! Trêve de plaisanterie, je veux dire par là que les artistes ne masquent pas – ou sont par ailleurs incapables de masquer – les fissures inévitables qui se manifestent dans l’exercice d’une telle pratique. Leur travail semble autant émaner de la collaboration que d´en parler. Le travail consiste dans des couches successives marquant les apports de chacun, ne coïncidant pas - ou tout simplement, étant incapables de coïncider avec
l´idée d´une image ´juste´. Les tableaux ne semblent pas se soucier de montrer de ´bonnes´ peintures – peu importe ce que ce terme peut, a pu ou pourra jamais recouvrir. Les artistes seraient plutôt contraints de concéder que la réciprocité idéale consiste précisément en cela – un idéal ´impossible´ qui dissimule les inévitables rapports de force antagonistes, fondamentaux à toute relation, personnelle ou sociale. Ce que ces travaux donnent à voir dans leur facture même, c’est la nature ´réelle´ du processus de collaboration dont l’asymétrie anime les œuvres tout en les rendant proprement décousues.
Ces travaux s’apparentent à un jeu de voix et d’images dans un sens décalé. Ils traitent en particulier du phénomène de la séduction, de l’attrait affectif au point d’être paralysé, transporté par l’autre dans un état d’hypnose. La plupart des explications de l’hypnose y décèlent la preuve du pouvoir de la parole sur la conscience, du pouvoir du signifiant à transformer le goût d’un citron en celui d´une pêche. Mais n’est-ce pas tout autant la voix que la parole qui produit l’attrait corporel: la vérité d’une blague ne réside-t-elle pas autant, sinon plus, dans son énonciation que dans son ´contenu´? N’est-ce pas l’attitude, le comportement, l’accumulation de gestes corporels qui produit l’attrait hypnotique? Cela nous permet d’approcher ces travaux de manière différente, en y voyant le souci d’exécuter un geste en tant qu’articulation d’une attitude, quelque chose qui est ´écrit´ au travers de l’apparence du ´travail´, au travers de sa ´sur-face´.
Les tableaux revendiquent ouvertement leur ´superficialité´ en ce sens. Leurs surfaces, par leur traitement all-over et leurs détails, regorgent de motifs empruntés à la mode et au style; peut-être pourrait-on dire qu’ils se délectent à exposer le superficiel. Mais n’avons-nous pas tous recours à l’image? Chacun n’est-il pas tiraillé entre la façon dont il se voit lui-même et l’idée qu’il se fait de la façon dont quelqu’un d’autre le voit? A l’instar d´une certaine personne qui affirmait il y a 2 siècles, ´Il n’y a que les gens superficiels qui ne jugent pas selon les apparences´, reviendrait plus ou moins à postuler que la surface est paradoxalement l´espace le plus profond dont nous disposons.
Peut-être n’existe-t-il pas de point idéal duquel on puisse voir l’autre. Peut-être est-ce cela qui caractérise l´impossibilité d´une vraie relation entre un couple, entre l’art et ses spectateurs, entre l’image et le mot. Mais là n’est peut-être pas la fin de l’histoire. N’est-ce pas cette ´impossibilité´ même qui fait que nous éprouvons du désir, sans aboutir pour autant au pathos de l’assouvissement sans cesse différé. Peut-être l’attitude affirmative de la culture pop, ses formes collectives du désir corporel avec lesquels ces travaux tentent de renouer, démontrent-elles qu’il existe un moyen de combler ce fossé entre ´idéal´ et actuel. Peut-être l’art est-il le travail de la création active du désir, où le ´ça´ n’est plus l’objet à tout jamais perdu, mais l’acte positif consistant à ´going for It´’.
Robert Garnett
Londres, avril 2005
Traduction: Boris Kremer |
|
|
|