Nosbaum Reding Projects is a programme of guest-curated exhibitions showcasing young emerging artists from around the world.

Guest curators: Alberto Garcìa del Castillo, Agata Jastrząbek, Sophie Jung, Eglė Kulbokaitė

4, rue Wiltheim L-2733 Luxembourg
Tuesday-Saturday 11:00 - 18:00
projects@nosbaumreding.lu

Vernissage, jeudi 16 juin à 18h, en présence de l'artiste

  • Grégory Durviaux
  • Né en 1975 à Bruxelles. Vit et travaille à Bruxelles.


    Etudes

    1996-1998     
    ERG (Ecole de Recherche Graphique), Bruxelles
    1994-1996     
    Philosophie, Université Libre de Bruxelles

    Expositions personnelles


    2016
    A Spotlight at Night, Nosbaum Reding Projects, Luxembourg

    2013
    Le souvenir d'un rayonnement et la prémonition d'une ruine, Nosbaum & Reding, Luxembourg
    Les dormances, Marcel Berlanger Studio, Bruxelles

    2007
    Grégory Durviaux – Quel vague souvenir, KIOSK, AICA Luxembourg, Luxembourg (cat.)

    2006
    Multiplex, Galerie Dominique Lang, Dudelange, Luxembourg


    Expositions collectives

    2016
    The present is yours, the future is mine, Cercle Cité, Luxembourg (cat.)
    Ici et maintenant, FRAC Poitou-Charentes [hors-les-murs]

    2013
    Une tradition matérielle, FRAC Poitou-Charentes, Angoulême
    Lounge 2, Le clougoff, Bruxelles

    2012
    Figures de style 2, Espace BGL BNP Paribas, Luxembourg

    2011
    Realfictions, Galerie l´Indépendance, Dexia BIL, Luxembourg (cat.)
    Exposition des résidents, H2O, Differdange

    2008    
    Résonances, Musée de la Cour d’Or, Metz (cat.)
    Mixed Season, Nosbaum & Reding, Luxembourg

    2007
    Roundabout-Refreshing Art, Rotonde 2, Luxembourg (cat.)

    2006
    Exhibiting Transformation, Galerie QG Salzinsel, Esch-sur-Alzette, Luxembourg
    Borderline, exposition d’ouverture, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

    2005
    transposition, Grégory Durviaux, David Leleu, Tagawa Hotel, Bruxelles

    2004
    Hoferlin 42, Installation LX, Esch-sur-Alzette (cat.)
    Art Brussels, Galerie Nosbaum & Reding, Bruxelles

    2003
    Biennale d’Esch, Esch-sur-Alzette (cat.)
    fig., Marcel Berlanger, Grégory Durviaux, Galerie Nosbaum & Reding, Luxembourg

    Collections

    Fonds Régional d’Art Contemporain Poitou-Charentes, France
    AXA Luxembourg

Grégory Durviaux

A Spotlight at Night

16.6.2016 - 12.8.2016

C’est curieux : un double mouvement de succion et de propulsion a lieu dans la peinture de Grégory Durviaux. Ces mots ont une sourde charge érotique, le lecteur troublé le percevra aussitôt : couvrez ce sein que je ne saurais voir… Or, dissipons cette gêne et réjouissons-nous car le but en peinture n’est finalement jamais de développer une esthétique mais bien une érotique. Et voilà une érotique à l’œuvre dans les tableaux de Grégory Durviaux, opérant par succion et propulsion. Quelque chose vous aimante, absorbe presque votre sang. Et ensuite a lieu une ouverture brusque de la focale, une dilatation qui élargit la perspective d’un coup de rein, donnant à l’image que vous contemplez une plus grande dimension.
 
C’est curieux : il y a une dynamique philosophique dans la peinture de Grégory Durviaux. Rappelons qu’il s’agit de sa brève formation d’origine. Il a suivi deux années de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles avant de poursuivre son cursus à l’Ecole de Recherche Graphique sous les auspices de Marcel Berlanger. Si ces années ont été brèves, si elles sont déjà lointaines, il faut cependant y revenir. Non pas pour voir dans les travaux récents des déductions d’école mais plutôt pour bien se souvenir de leur cadre d’éclosion. Du reste, on ne choisit pas sa formation, c’est elle qui vous choisit. Si Durviaux est venu à la philosophie puis à l’Erg, c’est que cela devait advenir. C’était marqué dans son ADN. Et que voit-on dans cet ADN ? On observe que l’artiste procède par thèse et antithèse : il nous propose souvent une image et son contraire, un avant-plan et un arrière-plan, psychiquement mêlés. La peinture comme la philosophie est le lieu où des contraires sont négociés.

Quant à l’Erg, il faut rappeler qu’il s’agit d’une école qui fut fondée sur une adhésion enthousiaste à l’art conceptuel et à la pluridisciplinarité. Or, ces virages artistiques n’ont pas été faciles à négocier pour les peintres. Comment faire image sans image, sans matière ? Comment faire de la peinture en regard de la photographie, de la publicité ? Telles ont été les questions des artistes dans les années quatre-vingt, après l’éclosion de l’art conceptuel donc, quand il s’agissait d’en déduire les conséquences. Durviaux, dans la tension qu’il installe entre peinture et non-peinture (son goût par exemple pour le travail au pistolet, pour le support métallique, pour la source photographique indifférenciée) hérite de ces problématiques. Il se trouve dans le sillage de l’appropriationnisme, et de l’après pop art. Evidemment une figure vient automatiquement à l’esprit à cause de la façon dont on a médiatisé son œuvre avant de l’inscrire de facto dans l’histoire de l’art : celle de Christopher Wool, un artiste américain.
 
C’est curieux : Durviaux est l’auteur d’une peinture américaine impossible. Elle véhicule un fantasme d’Amérique qui ne saurait s’accomplir car l’artiste est d’origine belge et a vécu par ailleurs longtemps au Luxembourg. Ce sont en vérité ces univers-là que l’on devine en filigrane de ses images : les forêts de conifères, les plaines agricoles et bien sûr les autoroutes omniprésentes dans nos régions. C’est cela notre Far West qui obéit à une logique intérieure toute différente de l’original. Nous murmurons chez nous une mélopée symboliste. Spilliaert, peintre symboliste belge, a d’ailleurs consacré la fin de sa vie à peindre des sous-bois en Ardennes après avoir quitté les brumes d’Ostende.
 
Cependant, cette impossibilité d’être américain ne doit pas être considérée d’une façon péjorative. Durviaux est loin d’être le seul dans son cas (songeons seulement à Koen van den Broek ou à Tina Gillen, autre peintre du Luxembourg exprimant de mêmes symptômes). Il s’agit au contraire d’une nouvelle donne, propre à la génération actuelle d’artistes car origines et onirismes, à présent, se métissent. L’art et les existences s’internationalisent. On voyage, on rêve de vivre ici ou là. On voit tant et tant de choses. On naît à toutes ces choses. On est dans la légère inquiétude, la légère excitation d’être ici et là-bas, de rester (d’aimer ?) et de fuir en même temps, d’avoir la possibilité matérielle de tout quitter, ne serait-ce qu’en pensée…
 
C’est curieux : le calme vient après la tempête. On ne parlera pas de l’œil du cyclone, car une fois encore, il n’y a pas de cyclone dans nos contrées. Il y a plutôt des ondées, et des sous-bois où s’abriter, des pique-niques impromptus à organiser, des herbes hautes dans lesquelles se coucher. Ultimement, les tableaux de Durviaux sont des refuges, où l’on attend que viennent la synthèse philosophique, la fin de l’orage, la fin des indécisions, la fin des oppositions trop simples entre les peuples, les identités – soit le début de la nuance. C’est curieux : on peut là se reposer.


Yoann Van Parys