Spiel mir das Lied vom Tod

10.3.2011 - 23.4.2011

Artists

  • Julia Cottin
  • Valérie Favre
  • Maël Nozahic
  • Nicole Tran Ba Vang


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Proposée par Damien Deroubaix, l’exposition collective Spiel mir das Lied vom Tod (titre allemand du western Il était une fois dans l’Ouest) réunit les œuvres de cinq artistes autour de la notion d’éphémère. Mélangeant les supports et les approches artistiques, cette collection hétéroclite de vanités contemporaines se fait l’écho des questionnements existentiels qui jalonnent l’exposition personnelle de Damien Deroubaix dans l’espace principal de la galerie.


Image empruntée à une photographie trouvée, les palmiers carbonisés de Julia Cottin semblent enregistrer quelque désastre naturel sur une île tropicale. Pourtant, ces Prétendants (2009) n’ont pas volé leur nom, puisqu’il s’agit en vérité de poutres de chêne que l’artiste a burinées au moyen d’une disqueuse, puis calcinées au chalumeau. Plus qu’un simple leurre, ces troncs de cocotier nous renvoient à la notion d’hétérotopie, définie par Michel Foucault comme un lieu concret de l’utopie. En opposant à l’illusion d’un espace hétérotopique – celui, toujours lisse et parfait, des paradis de voyagistes – celle de l’artifice, Julia Cottin crée un « contre-emplacement », dans lequel, pour parler avec Foucault, « tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés ».


La peintre suisse Valérie Favre reprend dans sa série de Suicides (2008-2010) un sujet popularisé, si l’on ose dire, par Andy Warhol au début des années soixante. Se gardant de tout sensationnalisme, les tableaux de Valérie Favre font appel à l’imagination du spectateur, dans la mesure où les corps des suicidés sont tout au plus esquissés. Ce faisant, ils mettent en doute la capacité de toute représentation à restituer le moment ultime, comme l’explique la philosophe et historienne d’art Jacqueline Lichtenstein : « Bien que tout le travail de Valérie soit un effort constant pour échapper aux pouvoirs insidieux de l’image, particulièrement dans cette série, le geste pictural vise des représentations évanescentes […]. L’instant de la mort ne peut pas être peint, mais il entraîne nécessairement une destruction instantanée ou lente des images, un courant violent de sensations ne parvenant plus à s’actualiser que sous une forme embryonnaire . »


Les aquarelles de la série des Nouveaux êtres (2007-2010) présentées par Maël Nozahic se rapprochent à plus d’un titre des œuvres de Damien Deroubaix, dont elles partagent à la fois certains motifs (arbre de vie, animaux, crânes…) et une fascination assumée pour les sujets morbides. Dans la série des Saintes espérances (2010), l’artiste a retravaillé des œuvres sur papier réalisées au moyen de la technique ancestrale du canivet, qui consiste à découper un motif de dentelle dans une feuille de parchemin ou de papier dont la partie centrale accueille une image pieuse ou un psaume. En détournant leurs motifs ou textes, auxquels elle adjoint des figures de son univers iconographique personnel ou dont elle occulte certains passages, Maël Nozahic déjoue avec humour la promesse de vie éternelle portée par ces objets de dévotion.


Rain on a private garden (2006) de Barthélémy Toguo est issu d’une installation réalisée pour Notre histoire (2006), une exposition du Palais de Tokyo – site de création contemporaine qui explorait la jeune scène artistique française. Témoignage critique du monde, l’œuvre du Camerounais entremêle références autobiographiques et allusions aux événements politiques et sociaux du monde contemporain (guerres, inégalités sociales, discriminations…). Son « jardin privé » met en scène des « corps qui à la fois jouissent et souffrent de la vie, continuellement tiraillés par l’excès de plaisir qui entraîne leur douleur et leur perte  ».


Aphrodite, 2160 ans (2010), de l’artiste et photographe Nicole Tran Ba Vang, fait partie de la série You will never die, dans laquelle l’artiste revisite des icônes de l’art occidental, prisées pour leur sens de l’équilibre et de l’harmonie. Cette sculpture reprend ainsi une Tête d’Aphrodite du type du Capitole datant de l’époque romaine impériale et aujourd’hui conservée au Musée du Louvre. S’inscrivant dans la pratique appropriationniste de l’artiste, elle fait subir à son modèle un vieillissement prématuré et questionne ce faisant les notions de beauté et de jeunesse éternelles. En même temps, elle rend leur part d’humanité à ces représentations parfaites de la beauté idéale en les arrachant à leur contexte atemporel pour mieux les réconcilier avec le phénomène inéluctable de l’évanescence.